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Comment éviter de se battre avec ses voisins par temps de confinement ?

PAR MICHEL BENES. Vous êtes confinés depuis maintenant plus de deux semaines dans votre coquet petit appartement de 55 m² avec votre femme, vos deux enfants adolescents, votre chat, votre labrador, et depuis peu également avec votre belle-mère qui a usé de son droit d’asile après avoir été évacuée de la croisière sur la Méditerranée que vous lui aviez offerte pour ses 75 ans en espérant profiter d’un peu de répit et faire de la montagne...

L’ambiance est un peu... pesante, d’autant plus que votre belle-mère, un peu sourde par ailleurs, reste figée devant une chaine d’information continue, et vous inflige de ce fait la perpétuelle litanie anxiogène des malheurs auxquels le monde entier est confronté sans que vous ne puissiez y changer un atome. Et là, cerise sur le gâteau, vos voisins du dessus ont commencé à faire une activité énigmatique produisant toutes les trente secondes des bruits assourdissants qui font trembler les vitres du vaisselier familial... Vous avez bien tenté de "faire abstraction", de "prendre sur vous", de "ne pas vous énerver", essayé le tuto de méditation de petit bambou, la respiration de la grenouille, le bol tibétain, l’élixir de chartreuse, le somnifère de la belle-mère, les boules de mousse dans les oreilles, rien n’y a fait ! Le bruit et les tremblements sont devenus tellement insupportables que vous décidez de les faire cesser !

Plusieurs solutions s’offrent à vous

  • Taper au plafond avec un balai en hurlant "C’est pas bientôt fini ce b... (1) ? vous vous croyez où ? Bande de... (2) !!!!".
  • Demander à vos ados de connecter leur portable avec leur morceau de "electro" préféré à la super enceinte bluetooth 250W et de pousser le son à fond pour bien leur faire comprendre, à ces... (2), ce que ça fait d’être... (1) !
  • Appeler la police...
  • Ou appeler le voisin du dessus au téléphone (confinement oblige) et lui dire : Bonjour, vous êtes bien M… (2) ? Bonjour, moi c’est monsieur Durand votre voisin du dessous ; vous savez, celui qui a aussi de la belle-famille à Corato ! Je voulais vous signaler que j’entends depuis deux heures des bruits inhabituels et très forts en provenance de chez vous. Hein ? Comment ? c’est votre beau frère Marseillais qui a proposé une partie de pétanque dans le salon retransmise par Skype ? Ok, je comprends que vous ayez besoin de vous distraire, on est tous dans ce cas, mais il se trouve que le bruit dans mon appartement est assourdissant. Il me gêne beaucoup, et il dérange aussi ma belle-mère souffrante qui a besoin de repos. Serait-il possible de trouver une solution pour le réduire ? Qu’est-ce que vous dites ? Utiliser les boules en plastique du bébé ? Mais oui ! C’est une excellente idée ! Comme ça vous pouvez continuer le jeu et nous n’entendrons plus rien, c’est super ! Vous pouvez le faire quand ? Tout de suite ? C’est super, je vous remercie beaucoup ! Transmettez le bonjour à toute votre famille, et on boira un coup ensemble après le confinement ! Oui, d’accord, je transmettrai vos amitiés à ma belle-mère ! Au revoir ! »

 

A votre avis laquelle des 4 solutions évoquées est celle qui a le moins de chance d’engendrer un conflit avec votre voisin durant toute la durée nécessaire au solde de votre emprunt immobilier ?

La 4e évidemment ! Cette solution repose sur quelques simples "trucs de communication" que nous allons maintenant vous donner :

  • La présentation non agressive au téléphone, et le fait de citer un point commun, de façon à ETABLIR UN LIEN et ainsi passer de suite en mode « collaboration » et non pas en « opposition ».
  • La DESCRIPTION DES FAITS, objectivement, sans jugement, juste les faits.
  • L’expression de CE QUE VOUS RESSENTEZ, votre embarras et votre émotion.
  • La négociation d’une SOLUTION qui réponde à votre BESOIN.
  • Une CONCLUSION positive.

Simple non ?

Allez, un autre exemple, pour Madame, cette fois, afin de nous permettre d’illustrer à nouveau cette technique :

Hier, vous avez fait un « apéro whatsApp » avec plusieurs amis, dont votre copine Cécile. Au cours de la discussion, Cécile vous a dit : « ben ma cocotte, j’espère que ça ne va durer trop longtemps, sinon tu vas reprendre tous les kilos que tu viens juste de perdre ! ahahah ! »

Et cela vous a vexée. Vous n’avez rien dit sur le coup mais vous rappelez Cécile le lendemain et vous lui dites, seule à seule :

  • « Salut Cécile, comment vas-tu depuis hier soir ?  (LIEN)
  • Tu sais Cécile, hier lors de l’apéro, à un moment tu m’as dit : « j’espère que ça ne va durer trop longtemps, sinon tu vas reprendre tous les kilos que tu viens de perdre » (DESCRIPTION DES FAITS. Attention, à ce stade, de ne pas évoquer d’émotion ni de jugement ! Cela va plus vite qu'on ne le pense… ex : si vous commencez par « Hier tu t'es permise de me dire… » cela commence mal...)
  • Eh bien tu ne l’as peut-être pas fait pour cela, mais moi je ne suis sentie vexée. (VOTRE RESSENTI)
  • Tu sais, je n’aime pas qu’on parle de mon poids en public (BESOIN)
  • Comment ? Tu t’excuses ? Tu ne voulais pas me vexer ? Oui je m’en doute, alors peut-on décider à l’avenir de ne plus aborder le sujet de mon poids en public ? (SOLUTION)
  • OK, C’est parfait ! je te remercie ! Et j’attends avec impatience qu’on puisse retourner faire du shopping ensemble ! » (CONCLUSION POSITIVE)

 

Et maintenant, il ne vous reste plus qu’à vous entraîner ! Pourquoi ne pas le faire sous forme de jeu en famille ou entre amis ?

Bon courage à tous et portez votre regard vers les jours meilleurs qui arrivent !

Auteur de l'article : Michel Benes

  • (1) Terme censuré car incompatible avec la haute tenue morale de cet article
  • (2) Pointillés à remplir vous-même.

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