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Défendre une personne agressée ?

Suite à l'agression sexuelle subie par une jeune femme dans le métro lillois la semaine dernière, et surtout à l'absence de réaction des personnes témoins de la scène, la question de la non-assistance à personne en danger revient sur le devant de l'actualité.

En effet, comme le soulignent très bien les articles des sites Rue89 (Je suis témoin d'une agression, si je n'interviens pas, puis-je être poursuivi?) et Slate.fr (Pourquoi les témoins d'agression n'interviennent-ils pas (toujours)?), ce type de comportement est malheureusement courant, que cela soit par peur pour soi même, par sidération, ou même par effet de groupe...

Pourtant, il ne faut pas oublier que la loi est claire là-dessus : "Quiconque pouvant empêcher par son action immédiate, sans risque pour lui ou pour les tiers, soit un crime, soit un délit contre l’intégrité corporelle de la personne s’abstient volontairement de le faire est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende." (article 223-6 du code pénal). La peine encourue est même plus sévère qu'en cas d'intervention qui tourne mal (trois ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende en cas d'incapacité totale de travail de plus de 8 jours)

Alors que peut-on et que ne doit-on pas faire lorsqu'on est témoin d'une agression ?

Voici les réponses d'Eric Quequet, fondateur de l'ADAC :

- Quelle place la défense d'une tierce personne prend-elle dans votre méthode de self défense, la Défense de Rue?

C'est un volet important car beaucoup de gens ont déjà assisté impuissants à une agression sans pouvoir intervenir. Dans notre discipline, on aborde ce thème de façon assez récurrente et cela fait partie de tous les passages de grade. De plus, je crois qu'il faut restaurer la solidarité, la violence ne serait pas à ce niveau si nous étions solidaires. Pour l'heure les individualismes ont eu raison de notre courage. Plus on est divisé, plus on est faible.

 

- Sensibilisez-vous vos élèves à cette possibilité dans la rue? Quels sont les risques?

Oui, car il est assez courant d'assister de près ou de loin à une agression quand on vit en zone urbaine. De plus c'est une angoisse assez forte chez les gens d'imaginer qu'ils ne puissent intervenir pour sauver leur proche ou simplement d'autres personnes. Comment se regarder en face après ?

 

- Est-il facile de défendre quelqu'un dans la rue?

Non pas vraiment. Plein de choses rentrent en ligne de compte au même moment et il va falloir gérer les priorités si toutefois on les connait. Une des premières choses à faire est d'appliquer la règle du "plus 1" à savoir que si l'on voit un agresseur il y en a peut-être un autre et si il y en a deux peut-être trois etc... Donc dans un premier temps s'assurer de combien de personnes on a à faire, ensuite regarder les mains pour déceler une arme ou des gestes qui laisseraient présager qu'ils en ont une. Essayer de se faire discret avant d'agir pour comprendre ce qui arrive et continuer à bénéficier de l'effet de surprise.

Ensuite c'est très variable selon ce à quoi on est confronté et selon qui on est (savoir-être et savoir-faire). Cela peut aller de la communication à la dissuasion (intimidation par exemple) à l'intervention physique brutale. La personne agressée est aussi à prendre en compte et une intervention musclée peut la choquer encore plus. Je me souviens d'une intervention un 31 décembre sur les champs Elysées où avec mon équipe nous sommes tombés par surprise sur trois types commençant à violer une jeune fille. Nous n'avons pas fait dans la dentelle et la violence de l'intervention n'a pas arrangé l'état psychologique de la jeune femme, je m'en suis un peu voulu d'avoir manqué de professionnalisme à cause de ça.

Autre point important c'est l'efficacité de la technique que vous allez employer. Si vous surprenez l'agresseur vous risquez de lui faire trop mal voire de le blesser gravement, ce qui peut vous porter préjudice devant les tribunaux. Imaginons que vous arriviez dans son dos et le frappiez sur la nuque avec votre sac de course. Selon ce que vous avez dedans (boite de conserve ou rouleaux de papier WC ?), la force de frappe et le niveau de surprise vous pouvez le mettre KO, l'handicaper à vie ou le tuer. C'est à prendre en ligne de compte pour ne pas nuire à votre avenir. D'un autre côté vous ne pouvez pas vous permettre de rater votre coup...

Enfin la raison de l'agression peut aussi avoir beaucoup d'importance. Pourquoi l'agresseur agresse ? Si ça se trouve il vient de surprendre un pickpocket en train de lui faire les poches ! Si vous arrivez à savoir rapidement de quoi il s'agit, cela peut vous servir pour utiliser la communication plutôt que les poings pour résoudre le problème.

Enfin il faudra être vigilant pour que la personne agressée ne se retourne pas contre vous en faisant alliance avec l'agresseur. Ça parait improbable mais cela arrive souvent, notamment dans les violences conjugales. Vous calmez physiquement le mari violent qui battait sa femme sur le quai de la gare et celle ci, le nez en sang, se jette sur vous pour ne pas que vous fassiez mal à son "doudou" (histoire vécue)

 

- Quels conseils donneriez-vous à un débutant qui n'a pas le niveau pour maitriser un agresseur violent?

D'employer son téléphone, pas pour frapper l'agresseur mais pour appeler les services de police d'urgence (composer le 17 ou le 112). Il peut également ameuter les passants ou crier qu'il appelle la police pour inquiéter l'agresseur. À condition toutefois de se tenir assez loin pour pouvoir fuir si l'agresseur le prend comme cible.

Certains ont également des dons de comédien bien utiles qui vont leur permettre d'intimider, d'autres peuvent calmer l'agresseur avec la parole, ce qui est une des meilleures options

Je lui conseillerais également de suivre un stage CATS (mise en situation) pour acquérir un savoir faire et surtout une bonne gestion des priorités.