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20 ans de l'ADAC - Episode 1 - Eric Quequet présente l'ADAC

A l’occasion des 20 ans de l’Académie des Arts de Combat, nous vous proposons une interview en plusieurs épisodes de son fondateur, Eric Quequet.

Eric, tu as fondé l’Académie des Arts de Combat en septembre 1995. Peux-tu nous dire dans quel but ?

A la base, j’ai créé l’ADAC pour deux raisons :

  • J’étais chargé de mission par la Fédération de Savate Boxe Française pour créer la Savate Défense et il me fallait, bien sûr, un "laboratoire" pour affiner mes recherches et les tester du point de vue pédagogique.
  • Je venais de rentrer au Groupe de Sécurité de la Présidence de la République (GSPR) et nous allions nous entraîner en banlieue (Gif-sur-Yvette), très loin de l’Elysée.

 

En trouvant une salle sur Paris, cela me permettait de faire d’une pierre deux coups.

La Savate Défense a donc été élaborée dans le tout premier club ADAC dès 1995 à Paris, et plus précisément au gymnase Cévennes, rue de la Montagne d’Aulas dans le 15e arrondissement.

L’Association, au début, n’était ouverte qu’aux policiers et copains des sports de combat, donc dès le départ, il y a eu des adhérents de bon niveau. Eric Tiersonnier enseignait aussi et nous sommes restés de nombreuses années les deux seuls profs. Nous nous complétions à merveille ; Eric, outre le fait d’être policier et d’avoir été champion de Boxe, avait travaillé longtemps comme portier de boite de nuit. Il était donc très rationnel, complet, et avait une vraie expérience de terrain.

Petit à petit, nous avons inclu des civils, notamment un ami médecin et un autre ostéopathe qui, eux aussi, ont apporté leur pierre à l’édifice. Puis, au fur et à mesure, les policiers victimes de leurs horaires décalés ont commencé à déserter l’entraînement alors que la demande se faisait de plus en plus forte dans le réseau amical et civil. Franchement, nous avons eu des élèves très intéressants, créatifs et conviviaux, dont la plupart sont devenus des potes. J’ai de merveilleux souvenirs de rigolades et d’entraînements. Un élève m’a plus particulièrement marqué par sa volonté et sa gentillesse ; il a d’ailleurs été un des premiers secrétaires de l’association. Il s'appelle Guillaume Gomez.

A l’Elysée, alors que je m’entrainais en Boxe Française avec des collègues, un jeune qui faisait son service militaire aux cuisines est venu timidement me demander si je donnais des cours. Lui répondant par l’affirmative, je l’ai invité à venir me rejoindre aux cours de l’ADAC ; ce qu’il a fait dès que possible. A la base, Guillaume n’était pas forcément doué, mais démontrait une très grande volonté ainsi que beaucoup de régularité, ce qui constitue déjà deux grandes qualités pour arriver à quelque chose. Petit à petit, je l’ai vu évoluer, prendre de l’assurance et même faire le grand écart alors qu’à la base il était souple comme une barre à mine. Comme il venait le samedi, il se joignait régulièrement à Eric Tiersonnier et à moi-même pour un déjeuner post entrainement. Puis, comme il était lui-même cuisinier, il nous a invité à le rejoindre le samedi midi chez son maitre d’apprentissage au restaurant Le Traversière, rue Traversière dans le 12e arrondissement de Paris. Ce petit rituel s’est transformé en religion et, tous les samedis midi, après l’entrainement, nous nous retrouvions dans ce très bon restaurant parisien, rejoints par de plus en plus de monde pour des repas terriblement bons, composés par son maître d’apprentissage, Johnny Bénariac.

Guillaume Gomez a fait depuis une très belle carrière, car après son service militaire, il a été embauché à l’Elysée puis s’est distingué dans plusieurs concours de cuisine jusqu’à celui de Meilleur Ouvrier de France. Il est maintenant le Chef du Palais de l’Elysée. On le voit régulièrement à la télé et sa notoriété est mondiale.

Je parle de tout cela car, bien au-delà du savoir « se défendre », ce qui m’anime dans l’enseignement, ce sont les relations humaines.

Nos associations créent du lien social, les gens se rencontrent, se parlent, échangent….et ça c’est vraiment le plus important. C’est pour cette raison que je ne veux pas propager un discours anxiogène, dans le style « le mal est partout, convertis-toi à notre méthode pour t’en sortir » … Rationnellement, même si les agressions arrivent, il y a de faibles chances (bien qu’elles existent) d’en être victime dans sa vie si on fait un peu attention. Alors, pourquoi s’angoisser tout le temps en se répétant que cela va arriver et en commençant à regarder tout le monde de travers, ce qui fatalement un jour provoquera le problème. Je préfère informer les gens, éduquer progressivement leur vigilance, leur donner les moyens de comprendre ce qui peut se passer s'ils sont trop en mode « Bisounours », sans pour cela inviter la peur à chacun de mes cours. C’est pour cette raison que nous avons développé les méthodes dont je vous parlerai au prochain épisode…